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Qui est Anna Garcin-Mayade ?

Qui est Anna Garcin-Mayade ?

L’artiste déportée et exposée au musée Michelet de Brive

Anna Garcin-Mayade sera mise à l’honneur dans la nouvelle exposition du musée Edmond-Michelet de Brive : « L’art contre l’oubli ». Mais qui est cette artiste ayant vécu à Montmartre et qui a vu sa vie basculer quand elle est devenue détenue politique dans le camp de Ravensbrück ?

Une artiste de Montmartre

Remontons le fil de l’histoire d’Anna Garcin-Mayade, depuis le début. C’est le 17 janvier 1897 que naît Anne Joséphine Antoinette Mayade, à Pontgibaud, dans le Puy-de-Dôme. Les parents d’Anne déménagent rapidement à Paris, comme beaucoup d’auvergnats de l’époque, par manque de travail. La jeune Anne se retrouve alors en plein cœur de Montmartre. Le quartier parisien est alors animé par l’art. C’est tout logiquement que la native de Pontgibaud va alors débuter des études d’art, à l’École nationale de dessin pour les jeunes filles. Elle est alors âgée de seulement 18 ans, et décide de changer son nom. Elle opte pour « Anna ».

Cette école prépare les jeunes filles aux métiers manuels dans l’industrie, ou au professorat de dessin. Pendant son cursus, Anna assiste d’ailleurs à des cours de croquis dispensés par Auguste Renoir. En 1920, c’est après cinq années de cours qu’elle obtient son certificat d’études en architecture. Elle a 23 ans.

« Toutes les fois que je pense à Montmartre, je suis dans la joie ! La vie des peintres, la vie de bohème c'est la vie de famille. »
Anna Garcin-Mayade
Lors d'une interview en 1976

Depuis son entrée à l’École nationale de dessin en 1915, elle évolue dans le milieu artistique de Montmartre. Ce quartier représente l’émulation artistique parfaite pour Anna. Les artistes viennent en nombre à Montmartre et une économie de l’art se met en place. Les marchands de couleurs et de toiles, et les galeristes notamment s’y installent partout.

Anna Mayade évolue donc dans cette atmosphère jusqu’en 1928, passant de la Première Guerre mondiale aux « Années folles » de l’entre-deux-guerres.

L’artiste s’épanouit et réalise plusieurs œuvres inspirées des ambiances montmartroises qu’elle fréquente avec ses amis peintres. C’est pendant cette période, qu’Anna réalise aussi des dessins au fusain représentant des scènes de la vie quotidienne ou de personnes au travail. Une technique qu’elle utilisera par la suite et qui la fera connaître.

Le cauchemar : le camp de déportation

Anna Mayade quitte Montmartre et commence sa carrière de professeure de dessin au collège de jeunes filles d’Épinal en 1928. Elle donne des cours de dessin, d’histoire de l’art et de couture.

Seulement, dès juin 1940, les troupes allemandes investissent et occupent la ville des Vosges. Épinal appartient désormais à la zone interdite. Il est impossible de pouvoir y accéder sans un laissez-passer. 

La vie d’Anna Mayade bascule le 31 octobre 1941. Il est 16 heures au collège des jeunes filles d’Épinal. La sonne cloche pour annoncer la fin des cours. Mais dans la salle du cours de dessin, les élèves restent assises, à l’exception de trois d’entre elles. Anna est la professeure. Elle demande à ces jeunes filles pourquoi elles ne rangent pas leurs affaires mais personne ne lui répond. Les élèves, alors parfaitement immobiles derrière leurs bureaux, quittent la pièce après cinq minutes.

Anna se rend alors dans le bureau de la directrice du collège et relate ce qui vient de se produire. C’est à ce moment, qui semble pourtant anodin, que tout bascule pour la professeure. Mais pourquoi donc c’est cet évènement qui change à jamais la vie d’Anna Garcin-Mayade ? Pour le comprendre, il faut remonter quelques jours en arrière : le 25 octobre 1941.

La radio de Londres diffuse un mot d’ordre du général de Gaulle. Il s’exprime pour rendre hommage aux otages exécutés par les Allemands à Nantes et à Bordeaux. Il lance aussi une demande :

« Vendredi prochain, 31 octobre, de 4 heures à 4h.05 du soir, tous les Français, toutes les Françaises, demeureront immobiles, chacun là où il se trouvera. »


Appel du Général de Gaulle, 25 octobre 1941, Radio de Londres

Le vendredi suivant, le 31 octobre, certaines élèves d’Anna discutent de cet ordre. Elles le suivront. Quand la directrice du collège est mise au courant par Anna, elle n’hésite pas et informe le préfet des Vosges. Ce dernier ordonne l’arrestation d’Anna le jour-même.

Une enquête est alors ouverte par la police spéciale, pour la déclaration d’Anna à la directrice, qui relate : « Nous avons fini le dessin et nous avons fait cinq minutes de silence… pour nos morts qui ont été fusillés ». Un acte considéré comme une manifestation anti-allemande. Après une perquisition faite à son domicile, elle est jugée comme étant une sympathisante du Parti communiste.

Du 31 octobre 1941 au 30 avril 1944, elle sera transférée de prison en prison, jusqu’à être livrée aux Allemands le 1er mai 1944. Le lendemain, Anna Garcin-Mayade est transférée dans le fort de Romainville. C’est alors un camp d’internement où des milliers de femmes transitent.

Le 13 mai 1944, elle quitte le camp de transit de Romainville avec 700 autres femmes en direction du camp de concentration de Ravensbrück, à 80 kilomètres au nord de Berlin.

La désormais ancienne professeure arrive le 16 mai 1944, dans ce camp réservé aux femmes et aux enfants. Désormais sa seule identité, c’est le numéro de matricule n°39.119. Sur la manche de sa veste, on lui fait porter le triangle rouge, symbole des détenus politiques.

De mai 1944 à février 1945, Anna est affectée à des travaux pénibles, privée de sommeil et abrutie de fatigue à Ravensbrück. Un jour, elle échappe des condensateurs électriques en porcelaine qui se brisent sur le sol. Elle est alors accusée de sabotage et échappe de peu au crématorium.

Entre 1939 et 1945, 130 000 femmes ont franchi les portes du camp de Ravensbrück. On estime entre 30 000 et 90 000, le nombre de femmes qui y ont trouvé la mort.

« Il se trouvait que je n’étais pas suffisamment malade pour être brûlée, ils m’ont donc transférée dans un camp de la mort lente, c’est-à-dire à Rechlin. Oh là là c’était un enfer Rechlin »


Anna Garcin-Mayade, dans une interview en 1976

Le« camp de la mort lente » est à 30 kilomètres au nord de Ravensbrück. Dans cet enfer, elle travaille pour l’usine Siemens.

La délivrance vient le 23 avril 1945 pour Anna, lorsque la Croix-Rouge suédoise libère le camp de Rechlin. Les victimes sont transférées jusqu’en Suède. Pendant ce transfert, 60 femmes trouveront la mort. Pendant ces internements, Anna n’oublie pas l’art. Elle réalise de nombreux croquis. Malheureusement, quand elle arrive en Suède, tous les effets personnels des victimes sont brûlés. L’artiste raconte plus tard, en 1976 :

 
 
 
« J’en [en parlant des croquis] garde le souvenir ineffaçable et maintenant toutes mes œuvres sont exécutées de mémoire. »

À partir de son retour de déportation en 1945, et jusqu’à la fin de sa vie, Anna refait ses œuvres de mémoire pour témoigner des horreurs vécues. Son art œuvre contre l’oubli. 

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Anna Garcin-Mayade revient en France en 1945. Elle veut directement témoigner des horreurs vécues. Pour cela, elle choisit l’art. Avec son moyen d’expression de toujours, elle témoigne pour faire en sorte qu’on n’oublie jamais les horreurs vécues dans les camps.

« Il m’est impossible de décrire toutes les scènes d’horreur et de désespoir qui m’ont terrifiées durant mon séjour au camp de la mort lente… (…) J’étais là pour y mourir un peu plus chaque jour. »

Elle utilise alors beaucoup le fusain pour ses œuvres. Une technique qu’elle avait développée à Montmartre.

Dans le même temps, elle commence à enseigner au collège de jeunes filles de Brive à d’Arsonval. Habitant à Brive, elle fait alors don de 20 œuvres au musée Michelet en 1978. Elle décède quelques années plus tard, le 3 mai 1981, dans sa ville natale de Pontgibaud.

Pour rendre hommage à cette artiste ayant survécu aux plus grandes atrocités, le musée Michelet a décidé de créer une nouvelle exposition à son honneur. L’exposition « L’art contre l’oubli », visible du 21 mai 2024 au 12 février 2025, propose d’en découvrir plus sur le parcours de vie inspirant de cette femme artiste aux multiples facettes. 

Cette exposition s’inscrit dans une continuité de la valorisation du parcours et des œuvres d’Anna Garcin-Mayade par le musée. Ce dernier a même réalisé un site Internet pour tout savoir sur l’artiste de Pontgibaud.

© Corrèze Télévision
Un article de Thomas Saladin

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